Labé : l’Oprogem alerte sur la fréquence des violences conjugales
Violences basées sur le genre à Labé : « Les violences conjugales sont les cas les plus récurrents »
Entretien avec la commissaire principale Mamoudou Ramata Diallo, Coordinatrice régionale de l’Oprogem à Labé.
Dans cet entretien accordé à notre rédaction ce vendredi 13 mars 2026, la Commissaire principale de police Mamoudou Ramata Diallo, coordinatrice régionale de l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (Oprogem), explique les mécanismes de prise en charge des victimes de violences basées sur le genre et évoque les cas les plus fréquents enregistrés dans la région.
VBG INFO : Comment se fait le référencement des cas de violences basées sur le genre dans votre service ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Le référencement peut se faire de plusieurs manières. Cela peut venir du niveau local, notamment par le chef de quartier ou le chef de secteur qui remonte l’information jusqu’à notre service. Les citoyens peuvent également dénoncer les cas dans leurs localités. Il arrive aussi que les victimes elles-mêmes viennent directement vers nous pour porter plainte.
Lorsque les victimes arrivent chez nous, nous les recevons dans la plus grande confidentialité.
VBG INFO : Comment se fait la prise en charge des victimes ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Lorsqu’il s’agit de violences physiques, nous faisons un référencement vers les structures sanitaires pour leur prise en charge médicale. Si les victimes ont besoin d’un accompagnement psychologique, nous faisons intervenir l’inspection régionale de la femme , de la famille et des solidarités pour une prise en charge psychosociale.
Il y a également des hommes qui collaborent avec nous et qui interviennent à certains moments pour accompagner les victimes sur le plan social.
VBG INFO : Que faites-vous lorsque les violences se répètent ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Lorsqu’il s’agit de cas de récidive, nous déférons les auteurs devant la justice, même s’il s’agit de violences conjugales. Il ne faudrait pas que nous soyons témoins de crimes demain.
Dans les cas où il n’y a pas récidive, nous procédons à des sensibilisations. Nous expliquons les articles du code pénal relatifs aux sanctions afin que les auteurs comprennent les conséquences de leurs actes.
VBG INFO : Quels sont les cas de violences les plus fréquents que vous rencontrez dans votre service ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Les cas les plus fréquents sont les violences conjugales. Depuis que je suis en fonction ici, j’ai rencontré de nombreux cas de femmes qui viennent porter plainte contre leur mari.
Certaines sont battues, d’autres sont empêchées d’exercer leurs activités économiques. Ce sont des situations que nous rencontrons régulièrement.
VBG INFO : Rencontrez-vous aussi des cas impliquant des jeunes filles ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Oui, cela arrive. Il y a des filles qui viennent porter plainte contre leurs parents parce qu’elles sont empêchées de sortir ou d’exercer certaines activités.
Nous rencontrons également des cas de coups et blessures entre femmes. C’est une situation qui reste préoccupante.
VBG INFO : Quel message adressez-vous aux mères concernant l’éducation des filles ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Les mères doivent échanger davantage avec leurs filles. Il ne faut pas qu’il y ait de tabous entre elles. Elles doivent conseiller celles-ci, les écouter et les accompagner dans leurs projets.
Elles peuvent aussi venir vers nos services pour obtenir des conseils afin de mieux accompagner leurs enfants.
VBG INFO : Quel est votre regard sur le projet de média VBG INFO pour la lutte contre les violences basées sur le genre?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Lorsque j’ai parcouru le document de ce projet, je l’ai trouvé très intéressant. Si ce média fonctionne à Labé, j’espère que nous allons pouvoir réduire considérablement les cas de violences basées sur le genre.
Je souhaite que tous les acteurs s’impliquent afin de sensibiliser la population et d’améliorer la protection des femmes et des jeunes filles.
VBG INFO : Un dernier message ?
Commissaire Mamoudou Ramata Diallo :
Si ma hiérarchie m’y autorise, je suis prête à apporter ma contribution et à accompagner ce média dans la lutte contre les violences basées sur le genre.
À travers ces échanges, il apparaît clairement que la lutte contre les violences basées sur le genre nécessite l’engagement de tous les acteurs : institutions, communautés, familles et médias. Informer et sensibiliser restent des outils essentiels pour prévenir ces violences et promouvoir une société plus juste et plus respectueuse des droits des femmes et des filles.
Tiguidanké Diallo
Journaliste – Activiste des droits des femmes

