Violences basées sur le genre à Labé : une réalité persistante et des défis majeurs dans la prise en charge des victimes

–Dans la région de Labé, les violences basées sur le genre (VBG) continuent de faire des ravages, souvent dans l’indifférence ou le silence complice des communautés. Dans un entretien accordé à notre rédaction, ce jeudi 23 avril 2026 Yayé Ousmane Diallo a livré un constat alarmant, illustré par un cas particulièrement atroce.

« Nous rencontrons plusieurs types de violences : le harcèlement, les violences physiques, les violences conjugales. Mais les cas les plus fréquents et les plus alarmants restent les viols », explique-t-elle.
Une enfant de 9 ans victime d’un viol brutal
Parmi les dossiers suivis par l’ONG, un cas a profondément marqué les équipes. Une fillette de neuf ans a été retrouvée dans un état critique après avoir subi un viol.
« Elle avait des saignements abondants. Il a fallu pratiquer des sutures d’urgence. Et ce qui a encore compliqué la prise en charge, c’est qu’elle présentait un retard de langage. Nous avons eu énormément de mal à retrouver sa famille », raconte Yayé Ousmane Diallo, la voix chargée d’émotion.
Ce cas illustre la triple vulnérabilité de certaines victimes : l’âge, la gravité des blessures physiques et les difficultés de communication qui retardent leur identification et leur protection.

Le poids des réalités socioculturelles
L’un des principaux obstacles dans la lutte contre ces violences reste les pesanteurs sociales et culturelles. Dans de nombreuses communautés, même les cas de viol sur mineures sont réglés à l’amiable ou étouffés pour préserver l’honneur familial.
« Il n’est pas facile de gérer ces situations dans une communauté où l’on préfère régler les problèmes en famille ou selon des considérations traditionnelles, sans forcément penser à la victime », déplore la coordinatrice.
Cette réalité entretient le silence et freine considérablement l’accès des victimes à la justice.
Un manque criant d’infrastructures et de soutien

Au-delà des barrières culturelles, l’absence d’infrastructures adaptées complique davantage la prise en charge. L’accompagnement psychologique, médical et judiciaire reste largement insuffisant.
« Une survivante de violence a besoin de soins immédiats, d’un suivi psychologique, d’une aide à la communication lorsqu’elle est en difficulté, et d’une protection judiciaire. Rien de tout cela n’est réellement accessible à Labé », souligne-t-elle.
À cela s’ajoute la peur des victimes de dénoncer leurs agresseurs, par crainte du regard social ou de représailles.

Le problème récurrent du financement
Le manque de moyens financiers constitue également un frein majeur pour les structures engagées sur le terrain.
« Nous faisons ce que nous pouvons avec peu de ressources. Mais sans financement, il est impossible de mettre en place des dispositifs efficaces et durables », affirme Yayé Ousmane Diallo.
La nécessité d’une synergie d’action
Face à ces défis, les acteurs locaux insistent sur l’urgence d’une meilleure coordination.
« Il est essentiel que toutes les structures travaillent ensemble. Aujourd’hui, un même cas peut être suivi par plusieurs organisations sans coordination. Et le même cas est enregistré dans toutes les organisations ; ce qui rend très difficile la remontée des données fiables. Nous devons unir nos efforts pour être plus efficaces », recommande-t-elle.
Des dynamiques de collaboration commencent d’ailleurs à émerger dans la région, favorisant une approche collective de la prise en charge.
Un message d’espoir et de mobilisation
Malgré tout, des avancées sont constatées. De plus en plus de victimes, y compris des enfants, osent briser le silence grâce aux actions de sensibilisation.
« Aujourd’hui, les jeunes commencent à s’exprimer et à dénoncer. C’est déjà un grand pas. Avant, ces violences existaient, mais personne n’en parlait », souligne-t-elle.
Elle lance enfin un appel :
« Que chacun, qu’il soit membre d’une structure ou non, s’implique. Ensemble, nous pouvons lutter efficacement contre les violences basées sur le genre. »

Si cette petite fille de neuf ans a survécu. Ses plaies ont été refermées. Mais son silence, lui, demeure.
Et tant qu’en Guinée, on continuera de régler «en famille » ce que la justice devrait juger, d’autres enfants resteront dans l’ombre invisibles, blessés, en attente d’une voix qui, enfin, les défende.

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