Labé : un nouveau cas d’abandon de bébé relance le débat sur la protection de l’enfance

La découverte d’un nouveau-né de sexe féminin abandonné dans le secteur MBALBHÉ, quartier Koulidara, dans la commune urbaine de Labé, continue de susciter émotion et inquiétude au sein de la population.

Selon Ibrahima Barry, l’un des témoins rencontrés par la rédaction de VBGInfo.org, le nourrisson, âgé d’environ une semaine, a été retrouvé dans la matinée du mercredi 24 juin 2026 grâce à la vigilance de riverains.

« C’est aux environs de 5 heures ou 6 heures du matin qu’un de nos voisins m’a informé qu’il venait de faire une découverte. Nous sommes partis ensemble vérifier et nous avons découvert un bébé vivant de sexe féminin, enveloppé dans des pagnes neufs et portant une couche, à l’intérieur d’un carton. Nous avons immédiatement alerté le responsable du secteur qui, à son tour, a informé les autorités en charge de la femme, de la famille et des solidarités », raconte-t-il.

Profondément choqué par cette découverte, il affirme n’avoir jamais été confronté à une telle situation, même s’il avait déjà entendu parler de cas similaires dans la commune.

Après l’alerte donnée par les habitants, les autorités locales et les services compétents se sont rendus sur les lieux.

Parmi eux figurait Mame Kouyaté, responsable à la Direction préfectorale de la Femme, de la Famille et des Solidarités de Labé.

« Nous avons constaté les faits avant d’orienter l’enfant vers le service de néonatologie de l’Hôpital régional de Labé. Je rappelle qu’il s’agit du quatrième cas de découverte de bébé abandonné enregistré dans la commune urbaine depuis le début du mois de juin, dont trois filles », indique-t-elle.

Selon elle, le bébé ne présentait aucune blessure physique apparente.

« Heureusement, il n’y avait aucune séquelle visible sur le corps du nourrisson. Les médecins ont seulement constaté une conjonctivite au niveau des yeux », précise-t-elle.

Au moment de notre entretien, le bébé poursuivait toujours ses soins à l’hôpital. Elle souligne également que les premières dispositions avaient déjà été prises pour assurer son alimentation et sa prise en charge.

Au-delà de ce cas particulier, la responsable sociale lance un appel aux femmes confrontées à des grossesses non désirées ou à des difficultés pour élever leurs enfants.

« Nous demandons aux femmes de ne pas abandonner leurs bébés dans la rue. Les services sociaux existent pour les accompagner. Nos portes sont ouvertes. Il existe des mécanismes de protection, des familles d’accueil et des possibilités d’accompagnement pour garantir la protection de l’enfant », explique-t-elle.

Elle appelle également les parents à jouer pleinement leur rôle dans l’éducation et l’encadrement de leurs enfants.

« Les parents doivent être vigilants et suivre davantage leurs enfants. L’éducation reste la première protection », rappelle-t-elle.

Du côté des professionnels de santé, la prévention est présentée comme l’une des principales solutions pour réduire les grossesses non désirées et les abandons de nouveau-nés.

Kadiatou Alpha Baldé, responsable de la planification familiale à l’Hôpital régional de Labé, rappelle que les méthodes contraceptives permettent aux couples de choisir librement le moment où ils souhaitent avoir des enfants.

Selon elle, la planification familiale contribue également à améliorer la santé de la mère, le bien-être de l’enfant et la stabilité économique des ménages.

Elle invite particulièrement les jeunes sexuellement actifs à se rapprocher des structures sanitaires afin de bénéficier de conseils adaptés.

« Lorsqu’une personne a une activité sexuelle régulière, elle doit se renseigner sur les méthodes disponibles afin d’éviter une grossesse non désirée. Contrairement à certaines croyances, la planification familiale n’empêche pas définitivement une femme d’avoir des enfants. Ces méthodes permettent simplement de choisir le moment opportun pour une grossesse », explique-t-elle.

La spécialiste précise que plusieurs méthodes sont disponibles au sein du service de maternité de l’Hôpital régional de Labé.

« Personnellement, je préfère accompagner une jeune fille vers la planification familiale plutôt que de la retrouver confrontée à un avortement ou à une grossesse non désirée. Toutes les méthodes sont actuellement disponibles à l’hôpital régional. Pour les femmes qui viennent accoucher, la planification familiale est gratuite. Pour les autres, les coûts varient entre 500 et 10 000 francs guinéens selon la méthode choisie », affirme-t-elle.

Sur le plan judiciaire, le substitut du procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Labé et substitut spécial chargé des mineurs, Moussa Camara, rappelle que l’abandon d’un enfant constitue une infraction pénale.

Le magistrat explique que ces faits sont juridiquement qualifiés de « délaissement d’enfant » et sont prévus par les dispositions du Code de l’enfant.

Selon lui, les difficultés économiques, la peur du jugement social ou l’incapacité à assumer certaines responsabilités ne justifient pas l’abandon d’un enfant.

« Lorsqu’une personne n’est pas en mesure de garder son enfant, il existe des structures compétentes capables d’apporter des solutions adaptées », souligne-t-il.

Le procureur invite également les citoyens à signaler immédiatement toute découverte d’enfant abandonné afin de faciliter sa protection et les investigations nécessaires.

Concernant les sanctions, il rappelle que les auteurs de délaissement d’enfant encourent des peines pouvant aller de six mois à deux ans d’emprisonnement. Celles-ci peuvent être portées à cinq ans lorsque l’abandon entraîne une infirmité ou une maladie grave chez l’enfant. Dans les cas les plus graves, notamment lorsque le nourrisson décède des suites de son abandon, les peines peuvent atteindre dix ans d’emprisonnement ou davantage selon les circonstances retenues par la justice.

À travers leurs différents messages, les acteurs sociaux, sanitaires et judiciaires rencontrés convergent vers une même conclusion : face aux difficultés, l’abandon d’un nouveau-né ne doit jamais être considéré comme une solution. Entre accompagnement social, accès à la planification familiale et mécanismes de protection de l’enfance, plusieurs alternatives existent pour préserver la vie et l’avenir de ces enfants.

Par Tiguidanké Diallo

VBGInfo.org

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